La Futuwah (9)

jeudi 17 juin 2021

La Futuwah est la pratique du repentir en donnant sens à celui-ci par la ferme détermination de ne plus retomber dans ses erreurs. J’ai entendu Mansur Ibn Abdullah al Harawi rapporter qu’Abul Hasan al Muzayyin [1] a dit : - Trois choses témoignent du repentir véridique : regretter les erreurs passées, prendre la ferme décision de ne pas retomber dans l’état où l’on se trouvait et avoir, pour cela, le cœur rempli de la crainte de Dieu. Car, en effet, si l’on peut être sûr que nous avons commis un péché, nous n’en demeurons pas moins dans l’incertitude de savoir si notre repentir sera accepté ou non.

La Futuwah est aussi d’attirer vers soi l’Amour de Dieu en se faisant aimer de ses saints. Il m’a été rapporté qu’Abu Yazid al Bistami [2], répondant à la question d’un homme qui voulait savoir par quelle œuvre il pouvait s’approcher de Dieu, a dit : - Aime ceux que Dieu a aimé (Awliya’ Allah) et fais en sorte de te faire aimer d’eux, car Dieu regarde dans le cœur de ses saints soixante-dix fois chaque jour et chaque nuit. Peut-être trouvera-t-il ton nom inscrit dans le cœur de l’un d’entre eux. Il t’aimera alors et te couvrira de Son pardon.

La Futuwah est de ne pas faire de reproches à tes frères en Dieu pour leurs fautes. Il m’a été rapporté que Yusuf al Husayn [3] est venu voir Abu Yazid al Bistami – que Dieu l’ait en Sa miséricorde ! – et lui demanda : - Qui me conseilles-tu de prendre pour ami ? Il répondit : - Celui qui te rendra visite si tu es malade et te pardonneras si tu agis mal. Puis il récita ces vers : « Si vous êtes malades nous venons vous voir Et lorsque vous pêchez nous prions pour votre pardon. »

La Futuwah consiste à continuer de travailler pour subvenir à ses besoins. A moins d’avoir effectivement réalisé en soi l’état de confiance absolue en Dieu. Il m’a été rapporté qu’Ibrahim al Khawwas [4] a dit : - Il faut qu’un soufi travaille pour gagner sa vie à moins qu’il ne s’agisse d’un homme qui a été appelé, par une expérience intérieure particulière, à rompre avec les moyens d’acquisition ordinaires des choses de ce monde ou à pouvoir s’en dispenser. Mais s’il s’agit de quelqu’un qui se trouve dans le besoin et que rien n’empêche de se prendre en charge personnellement, le travail est alors pour lui une priorité et la mise en œuvre des moyens d’acquisition plus licites et plus convenables. Car l’abandon du travail ne peut être que le fait de ceux qui se sont (réellement) détournés des rapports mondains, de la recherche de dignité et des modes de vie des gens du commun.


[1Abul Hasan al Muzayyin (m. 328/940).

[2Abu Yazid al Bistami (Tayfur) [m.261/874 ou 234/848] : soufi iranien sunnite célèbre pour ses états (Ahwal) et propos (Shatahat) extatiques.

[3Yusuf Ibn al Husayn al Razi (m.304/916) fut disciple du juriste Ibn Hanbal et de maîtres du soufisme tels Dhul Num al Misri et Abu Turab al Nakhsabi.

[4Ibrahim al Khawwas (m.291/903). Il fut disciple de Junayd et de Nuri.

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