Jocabel et Assya, les deux mères de Moïse

Mercredi 27 mai 2009, , 1259 visites

L’actualité récente du conflit israélo-palestinien n’est pas sans nous rappeler l’histoire de notre grand prophète Moïse et notamment de deux femmes qui l’ont accompagné et éduqué : Jocabel et Assya.

Au XIIIè siècle avant Jésus-Christ se trouve à la tête de l’Egypte un despote notoire, injuste et cruel envers ses sujets. Connu également pour son orgueil démesuré, Pharaon prétend être le dieu des hommes. Les hébreux, descendants d’Israël, sont, sous son règne, maintenus dans des conditions inhumaines et rejetés au rang d’esclave...La tradition rapporte que Pharaon aurait fait un rêve qu’il soumet à l’interprétation des voyants de la cour. Les oracles y voient le présage de la naissance imminente d’un fils d’Israël qui causerait sa perte et la destruction de son royaume. Sous l’emprise de la peur et de la colère, Pharaon décide de faire tuer tous les enfants mâles du peuple hébreux.

C’est dans ce contexte que naît Moïse, sur lui les bénédictions de Dieu. Sa mère, Jocabel, témoin des massacres d’enfants, cache un temps le nouveau-né. Terrifiée, impuissante face à la sentence frappant son peuple, elle ne sait que faire pour le sauver. Mais Dieu ne tarde pas à apaiser son coeur "Et Nous fîmes la révélation suivante à la mère de Moïse : "Allaite ton fils et si tu as peur pour lui dépose-le dans le fleuve et n’éprouve aucune crainte ni chagrin à son sujet, car Nous allons te le rendre et en faire l’un de Nos messagers." Coran 28/7. Dépassant son instinct maternel qui l’inciterait à garder son fils auprès d’elle, Jocabel s’en remet à Dieu avec la certitude que la promesse divine se réalisera : elle place Moïse dans une petite arche de bois et le dépose sur le Nil. Les flots transportent le "berceau" et le conduisent par la volonté divine devant les jardins royaux. Il y est recueilli par Assya, l’épouse de Pharaon, qui s’éprend immédiatement de lui et décide de l’adopter. Mais bientôt le bébé pleure de faim. Marie, la soeur de Moïse, a suivi depuis la berge l’évolution du berceau. Aussi quand elle apprend que son frère refuse catégoriquement le lait des nourrices qui se succèdent auprès de lui, elle s’empresse, sans révéler son lien familial, de proposer les services d’une nourrice que le bébé ne pourra qu’accepter. C’est ainsi que Dieu tient Sa promesse et rend l’enfant à sa mère.

Jocabel, victime avec son peuple de la tyrannie pharaonique, illustre la confiance en Dieu, ettawakoul, car malgré son attachement naturel pour l’enfant, elle assume avec force le sacrifice qui lui est demandé. Mais Jocabel, la confiante, représente aussi pour nous une forme de résistance à l’oppression. Ainsi la décrit Asma Lamrabet dans Le Coran et les femmes : " Si l’on devait retenir de l’histoire d’Umm Mûsâ (la mère de Moïse) une morale, elle serait au-delà de la force des sentiments d’une mère-courage, celle aussi de la résistance à l’oppression... Une résistance qu’Umm Mûsâ n’a cessé d’exprimer grâce à ces forces spirituelles qui sont la foi en Dieu, la confiance en Sa destinée et l’endurance... Elle a su braver avec l’aide de Dieu la volonté hégémonique de Pharaon.". On ne les compte plus aujourd’hui les Jocabels de Palestine qui malgré la douleur d’avoir perdu un ou plusieurs enfants sous les frappes des nouveaux Pharaons restent confiantes en Dieu et résistent au quotidien avec la certitude des retrouvailles dans l’Au-Delà.

Une autre grande figure de résistance dans l’histoire de Moïse est Assya que le prophète Mohammed (PBSL) a désignée comme l’une des quatre femmes promises au plus haut degré du Paradis. Assya qui dès la découverte du berceau dans les eaux de Nil s’oppose à Pharaon et insiste pour garder l’enfant malgré la réticence de son époux : " La famille de Pharaon le recueillit sans se douter qu’il allait devenir pour eux une source d’ennuis (...) La femme de Pharaon dit :"Cet enfant sera une consolation pour nous d’eux ; ne le tuez pas ! Peut-être nous sera-t-il utile un jour ou le prendrons-nous pour fils." Coran 28/8-9. Après avoir été choyé puis sevré par sa mère de sang et de lait, Moïse retourne à la cour d’Egypte auprès de celle qui devient sa mère adoptive. Assya veille à ce que l’on s’occupe convenablement de lui et l’élève avec tout l’amour dont il a besoin. Vivant dans le luxe d’un palais somptueux, aimée et vénérée comme l’épouse de celui qui prétend être le dieu des hommes, elle dispose de toutes les conditions pour devenir elle-même fière et orgueilleuse. Or selon Tabari, Assya porte déjà secrètement la foi monothéiste. Insensible aux attraits de la richesse et du pouvoir, elle ne se laisse pas détourner de l’adoration de Dieu l’Unique et ne cautionne ni l’idolâtrie ni la tyrannie . C’est auprès d’elle que Moïse forge son tempérament : il est décrit par le Coran comme un homme de science et de sagesse.

Contraint de fuir pour un crime qu’il a commis, Moïse revient en Egypte après plusieurs années d’exil pendant lesquelles il a reçu la Révélation. Il se présente alors à la cour comme étant le Messager de Dieu et demande à Pharaon de reconnaître l’unicité divine. Son message fait face à l’opposition farouche de Pharaon et de ses courtisans et a pour conséquence d’accentuer de façon dramatique les persécutions que subissent les fils d’Israël.

Assya, quant à elle, reconnait tout naturellement le Dieu de Moïse et s’oppose à la brutalité accrue de Pharaon. Sa foi mise à découvert, elle est soumise à la torture. Mais avec détermination elle refuse d’abjurer et invoque Dieu dans les derniers instants de sa vie : « Et aux croyants, Dieu leur donne l’exemple de la femme de Pharaon lorsqu’elle dit : « Seigneur ! Construis-moi auprès de Toi une demeure au Paradis, sauve-moi de Pharaon et de ses actes et délivre-moi des gens injustes » Coran 66/11.

Assya meurt le sourire aux lèvres.

Dieu nous donne à travers elle l’exemple d’une femme incorruptible, résistant elle aussi à l’injustice et à l’oppression. Son attitude éclairée, son indépendance morale, son esprit empreint de justice et d’humanisme, lui permettent de remettre en cause, au sein-même de son royaume, l’idéologie dominante. Elle nous rappelle, toute proportion gardée, la résistance de ces Israéliens tels que Tanya Reinhart qui ont dénoncé la politique agressive de leur gouvernement et celle de nombreux juifs à travers le monde qui ont manifesté leur opposition à cet état et ont condamné les auteurs des massacres de Gaza.

Qu’en est-il de Pharaon ?

Il meurt écrasé et noyé par les flots de la mer Rouge avec son armée. Son désir de puissance et son arrogance l’aveuglèrent et la peur de perdre la face le menèrent à sa fin. Cette peur de perdre un pouvoir acquis et maintenu par le sang, les larmes, les souffrances de tout un peuple rappelle l’état psychologique dans lequel vivent actuellement certains Israéliens qui justifient leur violence démesurée par la crainte d’être attaqués. Barbarie préventive ? Mais on retrouve aussi chez Israël la soif de pouvoir, l’orgueil pharaonique qui laisse cet état contourner toutes les résolutions et se placer au-dessus des décisions de la communauté internationale. Israël qui montre son vrai jour au monde serait-il finalement en train de creuser sa tombe ?

Pour l’heure, les Jocabels de Palestine continuent de résister loin des caméras mais il faudrait que s’élèvent encore de par le monde les voix de nouvelles Assya qui ne laissent pas le confort de leurs vies corrompre leur esprit de justice et qui persistent à dénoncer l’inacceptable.