Jean Genet avec les Palestiniens

lundi 2 avril 2007

« Quand je prononce ou quand on prononce devant moi le nom de Palestinien, l’image qui s’impose le plus fortement c’est celle des enfants de quatre ou cinq ans déshydratés. Les médecins allemands du camp de Baqa, en Jordanie, en ont sauvé quelques-uns. Il leur fallut du plasma, des appareils, de la patience. Il y a donc plusieurs façons de tuer les enfants. La mort lente est aussi inexorable que la foudroyante. Les mères palestiniennes apportaient à l’infirmerie, dans leurs bras, un petit tas de fagots desséchés : leurs gosses. Je les ai vus mourir.

Les méandres de l’âme enfantine sont très difficiles à suivre. A Beyrouth, il y a quatre ans, parut un livre de dessins d’enfants palestiniens, dont l’âge allait de sept à quinze ans. Le thème traité par eux, garçons et filles, était celui de la guerre de juin 1967. Si le feda’i était déjà embelli par son courage, le soldat israélien était présenté comme un être terrifiant : lui et son pistolet mitrailleur devenaient une grande ombre cachant le soleil palestinien, obligeant les femmes et les enfants à la fuite et qui desséchait les récoltes. Le garçon qui avait dix ou douze ans en 1967 en a aujourd’hui dix-sept ou dix-neuf. Comment a-t-il grandi ? Ravagé dès l’enfance par quelle fournaise extérieure et aujourd’hui intérieure ?

L’un des trois fedayin de l’opération de Maalot avait dix-neuf ans.

Golda Meir ayant, au lendemain du drame de Munich, déclaré que chaque diplomate Israélien était un soldat d’Israël, faut-il lui demander aujourd’hui si les enfants morts à Maalot, dans l’explosion où ont péri les trois Palestiniens, étaient eux aussi des soldats ? »

Ce texte est de Jean Genet.

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