COMMUNIQUE : l’imam et le voile

Dans un entretien récemment accordé par l’imam théologien Tareq OUBROU, au journal le monde, l’imam est présenté par le journal comme un « ….homme de terrain : une position qui lui permet une prise de distance par rapport aux institutions musulmanes et, notamment, à l’égard de l’Union des organisations islamiques de France (UOIF) dont il est issu. », Ce qui nous étonne dans la justification, c’est qu’elle assoit une fausse idée selon laquelle, plus on est « sur le terrain » plus on est loin des institutions et vice-versa. Pourquoi pas…Il faudra juste se mettre d’accord sur la nature du terrain.

jeudi 1er octobre 2009

Dans cet entretien, le théologien déclare que : « Dans ce contexte, on constate une tentation de crispation et de repli identitaire, qui s’explique aussi par des raisons sociales : plus on est dans la marge, plus on est tenté de construire une religion bouclier contre la société et les institutions ». Ce qu’a oublié Monsieur OUBROU, bien qu’il le sache très bien, c’est que les filles qui portent le voile sont de plus en plus instruites, et que c’est justement leur désir de s’insérer, et de participer activement à la vie de la cité qui est mis à mal par une conception dévoyée des principes de la laïcité. Les cas ne cessent de se multiplier, et même l’université est atteinte, jusqu’à ce que des chercheuses soient obligées de s’expatrier pour poursuivre leurs études en dehors du pays des droits de l’Homme (de préférence à la tête découverte !) Réduire cette pratique à une simple réaction crispée dans ce contexte, reste discutable si l’on n’évoque pas, parallèlement, la crispation de ceux qui voient dans la présence musulmane, quels qu’en soient les manifestations, une atteinte à la laïcité et une altération de l’identité française.

L’imam va jusqu’à proposer au conditionnel :« Si je voulais être provocateur, je pourrais dire aux femmes : mets ton foulard dans ta poche  ».
Plus qu’une provocation, ce serait un déni d’un droit élémentaire à toutes les femmes qui ont choisi cette tenue. Cependant, on peut asséner, à volonté, qu’elles sont soumises, ou immatures...

Aussi, l’imam explique le statut juridique du port du voile, du point de vue de la pratique religieuse, en déclarant : « Pour autant, une femme qui ne le met pas ne commet pas de faute  ». Aucun défenseur du droit de ces femmes à porter le voile n’a avancé que le fait de ne pas le porter constituerait une quelconque faute. Dans cette question, on est encore dans des approches purement idéologiques. On cherche à distinguer ce qui est laïque et ce qui ne l’est pas, ce qui est « péché » et ce qui ne l’est pas. A chaque réflexion ses leaders. On oublie juste de placer le débat sur le plan des libertés individuelles. En se référant aux libertés individuelles, il est difficile de défendre une action coercitive contre une tenue vestimentaire choisie, tant que celle-ci ne porte pas atteinte à la sécurité et la salubrité publiques.

S’agissant de la visibilité de cette pratique, l’imam ajoute : «  En outre, cette visibilité est néfaste car, à long terme, cette pratique pose des problèmes spirituels et psychologiques aux femmes qui veulent étudier ou travailler ».
La visibilité finit par être néfaste lorsqu’on prend pour acquis et indiscutable le fait que le français moyen souffre d’une immaturité telle qu’il ne verra de la femme voilée que le voile, ou encore lorsqu’on prendra pour unique explication du choix vestimentaire de ces femmes une aliénation dont il faut les libérer, voire une pratique irréconciliable avec la République.

Triste vision de la France de demain...

Nous sommes convaincus que le citoyen, théologien ou pas, gagnera à se libérer de la crispation du politique fermement adossé à l’idéologie de l’athéisme comme seul moteur de l’autonomie et de la liberté.

L’horizon que nous dessine l’imam par sa recommandation est un horizon qui coupe la France du reste du monde, qui légitime la schizophrénie auprès des jeunes femmes concernées, et qui, au nom de l’incompréhension supposée de ces femmes ou de ceux que leur présence dérange, ne fait avancer ni les valeurs de la République, ni le travail mené pour rendre les musulmans détenteurs de leur destin en tant que citoyens libres.

Au rythme que semble nous proposer T. OUBROU, les musulmans devront aussi cesser de faire la prière du vendredi le jour où cette pratique sera raillée ou de faire le pèlerinage lorsque cela viendrait à gêner la corporation politico-médiatique. Or la visibilité n’est jamais néfaste à long terme, à la seule condition qu’on ne cantonne pas la visibilité à une présence passive, mais à une participation et une réelle conscience de soi et de son entourage...
On est donc dans le vieux processus selon lequel nous sommes acculés à nous justifier en tant que musulmans. Comme si la pratique de l’islam restera résolument inadaptable à la France...Si le voile est si secondaire que semble nous le présenter l’imam, pourquoi demander aux filles de le mettre dans la poche ?
L’Imam déclare dans le même entretien : « mais l’islamophobie présentée comme un fléau de notre société, je ne la vois pas. Je n’accepte pas cette position victimaire et cette posture de consommation de droits  ». On aurait aimé qu’en homme de terrain qu’il est, l’imam T.OUBROU reconnaisse la recrudescence d’actes racistes à l’encontre de citoyens de confession musulmane, justement sur la base de leur religion (il y a deux semaines une femme musulmane a été agressée dans la ville de Bordeaux, où exerce M. OUBROU, par ce qu’elle portait un foulard). Il est incontestable que ces actes se sont multipliés surtout lorsque des Hommes politiques, secondées par des organes de médias, traitent d’une manière passionnée un sujet lié à la composante musulmane. Devant une volonté de toujours produire des lois restrictives à l’égard des pratiques musulmanes, rien n’est plus citoyen que de réclamer ses droits. On ne souffrira jamais d’un excès de droits mais d’un excès de lois liberticides…

Dans cet entretien, l’imam OUBROU a exprimé, comme il en a l’habitude, des idées fortes nous invitant à ne pas réduire la femme musulmane au voile, et à travailler sur les modalités d’une application de la religion musulmane dans le contexte français. Nous ne pouvons cependant que formuler notre désaccord avec les idées qu’il a exprimées dans cet entretien. Bien évidemment, Tareq OUBROU reste un penseur qui allie un travail de proximité soutenu et une production intellectuelle prolifique. Nous espérons que son propos a peut-être dépassé sa pensée, connaissant son attachement à la liberté et la dignité.

Paris, le 16.10.2009, Le comité 15 mars et Libertés

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