Al mathourat

Un rappel quotidien

Mardi 11 août 2009, par Philippe Robin, 1091 visites

L’homme est un être aux multiples dimensions. 1l n’est pas seulement fait de matière, il est constitué d’une intelligence et d’une âme, souffle de vie insufflé par le Créateur et siège des mystères divins. Comme le corps, l’âme exige pour vivre, une nourriture mais d’une substance et d’une nature toute autre.

Le wird est l’un des constituants principaux de cette nourriture. D’ailleurs étymologiquement le mot wird veut dire la source abreuvante. Son fondement se trouve dans la tradition prophétique puisque notre Maître spirituel par excellence, qui n’est autre que le Prophète Muhammad - que la Paix et le Salut soient sur lui - lui-même, observait un ensemble de pratiques surrérogatoires. Le wird (ou Hizb) est la compilation d’un ensemble d’invocations réalisées par les maîtres soufis et qui en font une exigence de leur Tariqa.

Dans ce wird que nous propose l’imam Hassan al­Banna, le procédé est particulier, puisque l’accent est porté sur une exigence, celle de mettre le croyant en contact avec le modèle infaillible le plus connaissant d’Allah - qu’Il soit exalté -, le Prophète d’Allah - que la Paix et le Salut soient sur lui -. Ainsi, al-Wazifa présenté ici est un choix pensé et inspiré d’invocations et d’exhortations du noble Messager d’Allah - que la Paix et le Salut soient sur lui -.

Le musulman y trouvera certes une réponse pratique à son grand besoin de spiritualité aujourd’hui et un bouclier efficace contre les écueils visibles et invisibles qui entravent son cheminement vers Allah - qu’Il soit exalté -.

Puisse Allah nous permettre, au travers de cet ouvrage, de rendre nôtre cet appel :

« Ô vous qui croyez ! Evoquez Allah d’une façon abondante, et glorifiez-le à la pointe et au déclin du jour.  » Sourate 33 : Les coalisès (Al-Ahzab) verset 41.

Hassan AL BANNA

- Pour qui ne saurait pas :

Il est des hommes qui, évoqués aujourd’hui au passé, sont mal, peu ou pas du tout connus. Hassan al-Banna, fondateur du mouvement des Frères Musulmans, fait sans aucun doute partie de ces grandes figures de l’histoire très méconnues. Ceux qui se sont prononcés sur sa vie ont d’ailleurs peu fait mention de l’intensité spirituelle qui le caractérisait et qui est l’un des aspects principaux du messagee islamique qu’il délivrera autour de lui.

- Une spiritualité précoce

Né en 1906 dans un petit village d’Egypte, Hassan al -Banna est dès son plus jeune âge fasciné et attiré par la dimension mystique de l’islam. C’est très tôt qu’il découvre le monde du soufisme, grâce à sa rencontre avec al-ikhwan al-husafiyya. Il s’agit d’une confrérie soufie "organisée autour d’un guide et ayant une sorte de règlement de conduite intérieur à l’image de tous les groupements mystiques, et qui s’en tient aux enseignements de ahl sunna (« orthodoxie sunnite »)". C’est dans ce cadre qu’il va prendre goût aux séances d’invocations halaqat adh-dhikr. A l’âge de douze ans il prêtera allégeance au Cheikh de cette tariqa et en deviendra un murid (disciple). Plus tard, dans ses mémoires, il affirmera que ce fût, pour lui, une période déterminante.

C’est sur les traces d’Abu Hamid al-Ghazali - qu’Allah l’est en Sa Miséricorde - qu’il poursuivra son cheminement spirituel et sera très influencé par son ouvrage le plus célèbre Ihya’ulum ad-din.

A douze ans, conformément à une promesse faite à son père, Hassan al-Banna finit d’apprendre le Coran. Mais ce cheminement précoce sur les voies de la mystique ne l’a jamais empêché, ni même dissuadé de mêler les moments de spiritualité profonde et solitaire à l’action.

- Une dimension de l’islam

Hassan al-Banna comprend très clairement que la spiritualité occupe une place centrale dans l’islam et qu’elle constitue une condition en même temps qu’un élan. "L’islam s’est grandement préoccupé du fait de soigner les coeurs humains, car ils sont le pilier de toute organisation et le moyen de toute réflexion, de toute conception et de toute représentation. II leur a prescrit les remèdes efficaces qui leur permettent de se purifier des passions et de se libérer de la ténacité des désirs et des ambitions afin de les mener à la plénitude et à la noblesse, en les préservant de la tyrannie, des manques et de l’adversité. Si l’être intime suit la voie droite et se purifie, alors tout ce qu’il produit est à la fois beau et sain. "

Quant à sa définition du soufisme, il apparaît tout simplement que Hassan al-Banna replace cette discipline au coeur même de l’islam. "Le soufisme structure le comportement de l’être humain et lui ouvre le chemin d’une vie spécifique tout au long des étapes du rappel (dhikr), de l’adoration et de la connaissance d’Allah - qu’Il soit exalté -, dont le terme est l’accès au Paradis et à Sa satisfaction. Or il ne fait aucun doute que ce qui, dans le domaine du soufisme, s’appelle les sciences de l’éducation et du comportement fait partie de l’essence de l’islam et de son contenu le plus profond. Il ne fait pas de doute non plus que les soufis ont atteint un degré dans la purification des coeurs et de leur guérison, dans leur traitement et leur élévation, que personne d’autres parmi les éducateurs n’atteint."

- Une dimension qu’il a fait sienne

Toute son oeuvre est emprunte par ce souci de conduire l’homme vers "le souvenir d’Allah - qu’Il soit exalté - et du jour du Jugement, l’éloignement de ce monde, l’éducation du coeur à l’obéissance du créateur et sa crainte révérencielle. "

Il en fera une priorité sur le plan de l’éducation et une condition pour la renaissance et n’aura de cesse de le répéter à qui veut bien prêter l’oreille. "Tu as donc su, cher lecteur, que les Frères musulmans ont pour obiectif premier l’éducation des coeurs, le renouveau des âmes, le renforcément de la morale, le développement de la vraie force de caractère chez les êtres humains de la nation. Ils considèrent que c’est le fondement sur lequel se réalise la renaissance des nations et des peuples. "

- La mystique conduit à l’action

Si Hassan al-Banna fait de l’éducation spirituelle une priorité, il ne la considère à aucun titre comme étant exclusive et se suffisant à elle-même. "Ils se trompent ceux qui croient que les Frères musulmans sont une communauté de derviches qui s’enferment dans le cercle étroit des pratiques cultuelles islamiques et qui ont pour toute occupation la prière, le jeûne, le rappel (dhikr) en égrenant leur chapelet. "

A tous ceux qui seraient tentés de croire cela, l’imam Hassan al-Banna répond : "Dites à ceux qui se posent des questions : Nous portons la plénitude et la globalité du message du Coran véritable : Nous sommes une vérité soufie qui aspire à la réforrne des intimités, la purification les âmes et à l’union des coeurs avec Allah le Très-Haut. Nous sommes une association de solidarité utile qui commande le Bien et lutte contre le Mal, qui console l’nffligé, qui donne à qui demande et à qui est privé de bien et qui, enfin, réconcilie ceux qui se sont disputés.

Nous sommes une fondation sociale qui lutte contre l’ignorance, la pauvreté, les maladies et les vices quelles que soient leurs formes.

Nous sommes un parti politique propre, libéré de toute ambition, qui a déterminé un objectif et assaini sa direction et son orientation. "

- Conclusion

Après plus de vingt années d’un engagement enraciné dans une profondeur mystique, Hassan al-Banna est assassiné le soir du douze février 1949. L’homme est mort, mais son oeuvre influence toujours et encore les musulmans d’aujourd’hui. Nous retenons de ce grand personnage cette grandeur spirituelle qui l’accompagnera tout au long de sa vie jusqu’au moment de sa mort. Qu’Allah lui fasse miséricorde et qu’Il soit satisfait de lui.