Zheng He, ce sino-musulman en Afrique

Dimanche 10 décembre 2017, par Sarrazins, 9 visites

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Alors que le monde moderne ne retient des explorateurs que les noms de quelques européens, il est pourtant vérifié qu’avant même que les portugais commencent à avoir le pied marin, les musulmans furent déjà de grands explorateurs. Arabes et berbères étaient effectivement reconnus comme tel, à tel point que les européens durent d’abord se fier aux cartes marines de ces derniers avant de tenter l’aventure au large. Loin du bassin méditerranéen, c’est pourtant en Chine que le plus reconnu de tous émergera.

Né en 772 de l’hégire (1371) d’une famille musulmane et capturé jeune à la suite d’une guerre tribale dans le sud ouest chinois qui l’a vu naitre, Zheng He, fraichement castré car destiné à servir à la Cour Impériale, gravit rapidement les échelons jusqu’à devenir grand eunuque impériale. Sans qu’il ne soit jamais allé en mer, Yongle, 3ème empereur Ming, le fait nommer Amiral de sa flotte. Les récits de voyage qui lui furent contés par son père comme son grand père, tous deux partis en pèlerinage à La Mecque, auraient peut-être poussé l’empereur à voir en lui l’homme de la situation. Il faut dire que Zheng He se sera jusqu’ici bien distingué dans ses études de l’art de la guerre, tout comme le bonhomme est connu pour ses prouesses au combat. Il est aussi de ces chinois maitrisant la langue arabe, car familier du Coran.

Détruisant la moitié des forêts du sud chinois, cette flotte nouvelle sera chargée sous les ordres du nouvel Amiral de parcourir l’Océan Indien. La flotte est impressionnante : 30 000 hommes, des bateaux de 60 mètres de long (le double des caravelles de Christophe Colomb). Il y aura 7 voyages entre 807H (1405) et 836H (1433). Les chinois commandés par l’eunuque musulman iront amarrer en terres africaines, de l’Egypte au Mozambique, passant par la Péninsule Arabique. Des expéditions qui aboutiront à de fructueux échanges commerciaux entre africains, arabes et chinois. Des relations diplomatiques sont même établies à partir de 817H (1414) entre le Sultanat Malindi (actuel Kenya) et la Chine. Zheng He fit même ramener de là aux chinois une girafe. Le récit de ces échanges nous a été rapporté grâce au travail remarquable de son compagnon de route Ma Huan. Lui aussi musulman, ses écrits sont disponibles dans un ouvrage titré « Ying-yai Sheng-lan ». Lors de leur dernier voyage, les deux compères se voient octroyer le droit d’aller jusqu’à La Mecque en vue d’établir des échanges commerciaux. Voici en quelques lignes ce que Ma Huan en retiendra :

« Ils professent la religion musulmane. Un saint homme exposa et répandit cette loi en l’enseignant à travers le pays, et jusqu’à aujourd’hui, les gens de ce pays observent tous les règles de cette loi dans leurs actes, sans jamais commettre la moindre transgression. Les gens de ce pays sont vigoureux et de belle apparence, leurs membres et leurs visages sont de couleur violet très foncé. Les hommes coiffent leurs têtes d’un turban ; ils portent de longs vêtements ; à leurs pieds, ils mettent des chaussures de cuir. Les femmes portent toutes un voile sur leurs têtes, et vous ne pouvez pas voir leurs visages. Ils parlent la langue A-la-pi [arabe]. La loi de ce pays interdit de boire du vin. Les mœurs de ces gens sont pacifiques et admirables. Il n’y a pas de familles misérables. Ils observent tous les préceptes de leur religion, et les contrevenants sont peu nombreux. En vérité, c’est un pays très heureux. Pour les rites du mariage comme pour ceux des funérailles, tous les conduisent en accord avec les règles de leur religion. »

Les récits un siècle plus tôt d’Ibn Battuta confirment que chinois et asiatiques plus généralement avaient déjà l’habitude de rencontrer arabes et africains. Les échanges commerciaux et diplomatiques étaient donc déjà là. Loin de chercher à envahir un quelconque territoire, Zheng He n’emploiera d’ailleurs l’armada militaire mise à sa disposition que très rarement. On ne retiendra ainsi de ses exploits militaires que peu de chose, en dehors de l’entreprise qui permit la mise en déroute du célèbre pirate Chen Zuyi afin de le ramener en Chine pour son exécution. Contrairement à d’autres, les chinois n’ont pas le désir de coloniser les terres nouvellement découvertes, ni de se faire les civilisateurs d’un jour. Il ne s’agit que de commerce, saupoudré d’un zeste de gloire impériale voulue par l’empereur chinois, et d’une volonté affichée de gagner à connaitre le monde extérieur. Une entreprise qui aurait pu aboutir à une histoire totalement différente, si seulement les chinois n’avaient pas interrompu leurs expéditions. A la mort de Zheng He, l’empereur chinois en proie à des conflits menaçant ses frontières, requiert l’essentiel de ses hommes et de son argent afin de défendre le territoire national. La flotte, trop couteuse, est même détruite, brulée dans son entièreté, laissant aux portugais, puis aux espagnols, français et britanniques tout le soin de dominer les mers et océans du monde entier ensuite.

En 1423H (2002), l’auteur britannique Gavin Menzies a émit l’hypothèse, documents à l’appui, que Zheng He aurait même atteint l’Australie, l’Antarctique et le continent américain. Des cartes réalisées par des spécialistes musulmans en la matière et utilisées par les européens font effectivement mention de territoires inconnus par les grands navigateurs occidentaux. Zheng He aurait-il sans qu’on le sache été le plus grand explorateur de tous les temps ?

Renaud K.

Voir en ligne : http://www.sarrazins.fr/zheng-he-ce...