Soufisme, de quoi parlons-nous vraiment ?

Le terme soufisme renvoie pour certains à une réalité positive conforme à la shari’a, et pour d’autres à une excroissance, un égarement fait d’innovations, d’actes et de croyances polythéistes.

mardi 27 avril 2021

Qu’en est-il réellement ?

Dés lors que le mot n’a pas la même définition pour tout le monde, on ne peut pas réellement discuter de ce sujet.
Il convient donc d’abord de lui donner la bonne définition et ensuite d’en discuter.
Il apparaît effectivement que le mot français « soufisme » fait référence à des contenus différents voir contradictoires pour les gens qui l’utilisent. Parfois même, les gens l’utilisent sans connaître réellement les réalités historiques et pratiques qui s’y rattachent.
Dans un souci de conformité à la shari’a, il convient donc tout d’abord d’éclaircir cela.
Le mot soufisme dont certains disent qu’il vient de as souf (laine), vêtement en laine rêche que portaient ceux qui avaient emprunté une voie d’ascétisme, et d’autres qu’il vient de ahl as suffa, les gens du banc, des pauvres qui restaient à la mosquée du prophète – que Dieu le bénisse et le salut – pendant que leur coreligionnaires étaient actifs dans la vie civile extérieure, d’autres encore disent qu’il vient de safa, pureté cristalline.

Le mot soufisme est apparu en langue française vers 1820, et désignait des croyances et pratiques panthéistes perses. Il s’est transmis dans l’usage orientaliste pour définir les pratiques ésotériques des musulmans.

Il n’a donc pas, dans son étymologie, de réalité islamique et son usage et surtout, souvent voir toujours, un usage de principe, de facilité. Comme le fait de traduire aya par verset ou din par religion. Ces traductions sont fausses et ce sont des conventions de langage.

Quelle est ou serait donc la réalité islamique derrière le mot soufisme ?

Le mot soufisme cherche néanmoins à désigner certaines pratiques des musulmans, et notamment les pratiques liées à la purification du coeur, à la recherche de ihsan. Les termes arabes et islamiques et conformes à la shari’a qui sont liés à cette science de la purification du coeur sont :
ihsan et tazkiyat an nafs. Au 3ème siècle (environ) est apparu le mot at tassawwuf, qui désigne l’ensemble des sciences, méthodologies, pratiques, conformes à la shari’a, dans le but d’effectuer cette purification du coeur (ou de l’âme). Cette purification et ces pratiques jalonnent et orientent ce qu’on appelle cheminement spirituel.

C’est ce que décrit le grand savant Ibn Qayyim al Jawziyya, élève de ibn Taymiyya, lui même élève de Ibn Abi `Umar ibn Qudama élève de Muwaffaq al-Din ibn Qudama, élève de Abu `Umar, élève de AbdelQadir al Jilani, grand maître du tassawwuf, dans son ouvrage Madarij as salikin « les sentiers de itinérants » (qui est un commentaire de l’ouvrage de Khwâdja ‘Abdullâh Ansari, « les cents terrains »)

les gens en quête de ihsan étaient souvent organisés autour d’un cheikh éducateur dans un groupe et selon une méthodologie appelé tariqa (voie spirituelle). Il est dit que le premier à avoir organisé rigoureusement de cette manière est Abdelqadir al Jilani, grand savant de rite hanbalite, mais on trouve également des cercles et groupes de ce type chez les tabi’in, successeurs de sahaba.

Ibn al-Qayyim a écrit dans son poème al-Nuniyya : “Tous les Ahl al-Hadith, et les imams de la Fatwa sont soufis.” (comprendre : font parti de ahl at tassawwuf, font parti d’une ou plusieurs tariqa)

Dans al-Mas’alat al-Tabriziyya, Ibn Taymiyya déclare : “Labistu al-khirqata al-mubaraka lil-Shaykh `Abd al-Qadir wa-bayni wa-baynahu ithnan – “j’ai porté le manteau Soufi béni de Shaykh Abdul Qâdir Jilâni, ayant entre lui et moi (dans la chaîne de transmission) deux shaykhs Soufis.” 

Ibn `Abd al-Hadi rajoute qu’Ibn Taymiyya a dit : ” J’ai porté le manteau soufi d’un certain nombre de shaykhs Soufis (ahl at tassawwuf), appartenant à des voies spirituelles diverses (tariqa), parmi eux Abdul Qâdir Al-Jilâni, dont la Tariqa est la plus grande et la plus connue, que la miséricorde d’Allah soit sur lui.

Ihsan, tassawwuf, tariqa

Les livres des anciens à ce sujet sont légions. Pour traiter ce sujet, comme pour tout les sujets, on ne peut sa satisfaire d’un extrait de phrase d’un auteur, et de délaisser tout ce qu’il a écrit d’autre sur le sujet. Sinon, on pourrait considérer que ash Shafi’i n’a pas corrigé lui même ses avis de jurisprudence.

Voici donc la réalité historique derrière le mot, commode mais polémique, soufisme.

Dans son Épître des soufis et des pauvres en Dieu, Ibn Taymiyya s’efforce de montrer que le terme « soufisme » (tassawwuf), loin d’être une appellation sans réalité, désigne une science islamique à part entière, au même titre que le fiqh. Le soufisme implique, selon lui, « la gnose (maʿārif), les états spirituels (aḥwāl), les bonnes mœurs (aḫlāq), les règles de bienséance (ādāb), etc. ». Le soufisme, ou la science des états spirituels, a, selon lui, pour finalité de conduire progressivement le « cheminant » au degré de la proximité divine (qurb).

At tassawwuf ou ihsan, est donc une des 3 branches de science de l’islam.

Ces 3 branches sont :

  • le fiqh (islam) : jurisprudence, ou définition des pratiques extérieures (exotériques) ;
  • la ‘aqida (iman) : ensembles des doctrine, crédo, croyances des musulmans ;
  • at tassawwuf (ihsan) : ensemble des pratiques et des méthodologie conformes à la shari’a, visant à la purification du coeur et établissant le cheminement spirituel.

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