Religieuse Laïcité

Jeudi 14 décembre 2017, par Sarrazins, 4 visites

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Chaque événement majeur poussant des Hommes d’Etat à approcher une Église est en France un moment particulier. Ont-ils le droit, en laïques qu’ils seraient, de bénir une tombe, de faire le signe de croix, de « prêcher » de bonnes paroles en une maison de Dieu ?

Les plus radicaux des laïcistes sont à ce sujet clairs : c’est non. Ce serait même anti-républicain. On pourrait être choqués devant tant de dureté, mais ils n’ont dans les faits pas tort quand on sait comment la République s’imposa aux français il y a deux siècles. C’est dans le sang des prêtres et au bruit des croix brisées que l’Etat français et républicain s’était au lendemain de la Révolution établit, tuant ce qui était depuis plus de 1000 ans le royaume chrétien le plus puissant du monde. Jean Luc Mélenchon ne fait donc pas d’excès de zèle en reprenant Mr Macron lors de son « adieu » à Johnny Hallyday : il est d’une républicaine cohérence.

Si il est moins reproché aux Hommes d’Etat de porter kippa ou dîner au milieu de judaïstes politiques ; les reproches sont évidemment d’autant plus forts quand il est question d’islam, religion de l’altérité par excellence. Mais au delà de l’expression à géométrie variable de ce fondamentalisme laïc, il est aussi de plus en plus constaté toute la manifeste religiosité du fait laïc. Tordant le plus souvent le cou aux articles de la loi de 1905, ses dévots semblent en effet n’être devenus que ce qu’ils avaient jusqu’alors en horreur : des prêtres et mollahs donnant sermons et fatwas. « Ceci est laïque, cela ne l’est plus ». « Un tel a défié la laïcité, il a fait ceci et dit cela ! ». « La laïcité dit à ce sujet ceci ». « Est laïque celui qui… ». Les mots sont différents mais le ressort est le même. Ou quand on cherche à fixer ce qui en laïcité est « halal » ou « haram ». Ou quand on traque les laïques apostats.

Religieuse laïcité ? La laïcité est sûrement bien plus qu’un principe juridique : c’est une religion dans son sens le plus complet. De Tocqueville disait de la religion qu’elle était « tout ce que l’homme admettait sans le discuter ». Raymond Aron nommait lui religions séculieres « les doctrines prenant dans les âmes la place de la foi évanouie » et s’imposant tel « un ordre social (visant) à créer le salut de l’humanité ». La laïcité ne semble n’être rien d’autre que cela. Non juste une « chance » donnée aux Hommes de pouvoir enfin vivre ensemble et en paix en un « État neutre ». Et ce ne sont pas Vincent Peillon, Rousseau ou Ferdinand Buisson qui iraient nous démentir. Ces derniers ne nous parlaient-ils pas déjà de « religion civique », de « foi laïque », de « religion (réalisant) la Révolution » ? Nulle civilisation ne s’est faite sans tourner autour d’une ou des divinités. En abattant l’Eglise et niant le Dieu chrétien, il fallut bien proposer un culte de substitution aux petites gens.

Les sursauts de certains laïcistes au gré des autres manifestations religieuses est révélateur d’un malaise profond. On voit qu’il est craint que l’appartenance du croyant à une « Église » ne vienne l’éloigner de son appartenance voulue à la Nation laïque et républicaine. La Révolution était déjà ainsi : on imposait aux croyants une sorte de profession de foi civique afin de s’assurer de leur allégeance. Pas étonnant ainsi d’entendre ça et là de publics personnages faire étalage de leur foi et marteler dans les esprits la toute supériorité de dame République. Voyez Claude Barcelone affirmer que « la religion suprême pour chacun d’entre nous, c’est la religion de la République » ou encore François Hollande dire « qu’il n’y a rien au-dessus de la République ». La illaha ila République ?

On peine néanmoins à imaginer une telle laïcité persister dans le temps. Toute religion s’est fondée sur une Révélation, une expérience avec l’absolu. « Créer » une religion sur un simple décret et la cultiver est difficile, on ne peut croire à ce qu’on a soi-même institué. Il faut pour que la foi marque le cœur une Tradition, de l’immémoriale. La laïcité est froide, sans saveur, pauvre en symboles et n’offre rien. Elle ne sait aussi se défendre qu’au travers de la menace et de l’intimidation. Cette crispation est-elle signe d’un déclin ? « Toute doctrine qui ne tient aucun compte de la Tradition est une doctrine sans avenir parce qu’elle est sans passé ; elle est sans connaissance de la fin des choses (car) elle en ignore le commencement » disait en ce sens Dominique Henri Lacordaire. C’était il y a plus d’un siècle, en une conférence donnée à Notre Dame de Paris…

Renaud K.

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