Les Arabes et l’Islam par Gustave Le Bon

Samedi 3 février 2018, par Sarrazins, 29 visites

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Médecin, anthropologue, sociologue et psychologue social né en 1841 de l’ère chrétienne, Gustave Le Bon s’était fait au travers de ses livres le spécialiste des désordres comportementaux et de la psychologie des foules. Anticlérical autant qu’anticolonialiste, il avait livré en pleine conquête française outre Méditerranée un ouvrage qui en son temps avait fait bien du bruit : La civilisation des Arabes.

« S’il faut juger de la valeur des hommes par la grandeur des œuvres qu’ils ont fondées, nous pouvons dire que Mahomet fut un des plus grands hommes qu’ait connus l’histoire. Des préjugés religieux ont empêché bien des historiens de reconnaître l’importance de son œuvre ; mais les écrivains chrétiens eux-mêmes commencent aujourd’hui à lui rendre justice.

(…) À leur grande tolérance, les Arabes d’Espagne joignaient des mœurs très chevaleresques. Ces lois de la chevalerie : respecter les faibles, être généreux envers les vaincus, tenir religieusement sa parole, etc., que les nations chrétiennes adoptèrent plus tard, et qui finirent par exercer sur les âmes une action plus puissante que celles de la religion même, furent introduites par eux en Europe.

(…) Supposons cependant que les chrétiens n’eussent jamais réussi à repousser les Arabes ; supposons encore qu’au lieu d’un climat froid et pluvieux, qui ne pouvait exercer aucun attrait sur eux, les musulmans eussent rencontré dans le nord de la France le même climat qu’en Espagne, et eussent cherché à s’y établir de façon définitive. Pour savoir ce qu’eût été dans ces hypothèses impossibles le sort du nord de l’Europe, il suffit de rechercher ce que fut celui de l’Espagne. Or, comme sous l’influence des Arabes, l’Espagne jouissait d’une civilisation brillante, alors que le reste de l’Europe était plongé dans la plus grossière barbarie, il est évident qu’au point de vue de la civilisation de l’époque, les populations chrétiennes n’auraient eu qu’à gagner à se ranger sous la bannière du prophète. Adoucis dans leurs mœurs, les peuples de l’Occident eussent sans doute évité ainsi les guerres de religion, la Saint-Barthélemy, l’inquisition, en un mot, toutes ces calamités qui ont ensanglanté l’Europe pendant tant de siècles, et que les musulmans n’ont jamais connues.

(…) Grâce aux croisades, l’influence civilisatrice de l’Orient sur l’Occident fut très grande, mais cette influence fut beaucoup plus artistique, industrielle et commerciale que scientifique et littéraire. Quand on considère le développement considérable des relations commerciales et l’importance des progrès artistiques et industriels, engendrés par le contact des croisés avec les Orientaux, on peut affirmer que ce sont ces derniers qui ont fait sortir l’Occident de la barbarie, et préparé ce mouvement des esprits que l’influence scientifique et littéraire des Arabes, propagée par les universités de l’Europe, allait bientôt développer et d’où la renaissance devait sortir un jour.

(…) L’habileté politique que déployèrent les premiers successeurs de Muhammad fut à la hauteur de ses talents guerriers qu’ils surent bien vite acquérir. Dès les premiers combats ils se trouvèrent en présence de populations que des maîtres divers tyrannisaient sans pitié depuis des siècles, et qui ne pouvaient qu’accueillir avec joie des conquérants qui leur rendraient la vie moins dure. La conduite à tenir était clairement indiquée, et les khalifes surent sacrifier aux intérêts de leur politique toute idée de conversion violente. Loin de chercher à imposer par la force leur croyance aux peuples soumis, comme on le répète toujours, ils déclarèrent partout vouloir respecter leur foi, leurs usages et leurs coutumes. Les Arabes respectèrent si religieusement les conventions acceptées, et se rendirent si agréables aux populations soumises autrefois aux vexations des agents chrétiens de l’Empereur de Constantinople, que toute l’Égypte adopta avec empressement leur religion et leur langue. C’est là, je le répète, un des résultats qu’on n’obtient jamais par la force. Aucun des peuples qui avaient dominé en Égypte avant les Arabes ne l’avait obtenu. […] Au contact des Arabes, des nations aussi antiques que celles de l’Égypte ou de l’Inde, ont adopté leurs croyances, leurs coutumes, leurs mœurs, leur architecture même. Bien des peuples, depuis cette époque, ont dominé les régions occupées par les arabes, mais l’influence des disciples du prophète est restée immuable.

(…) Bien peu de religions ont eu un pareil empire sur les âmes ; aucune peut-être n’en a exercé de plus durable. Le Coran est le véritable pivot de la vie en Orient, et nous retrouvons son influence dans les moindres actes de l’existence. L’empire des Arabes ne vit plus que dans l’histoire, mais la religion qui fut mère de cet empire n’a pas cessé de s’étendre. Du fond de son tombeau, l’ombre du prophète règne en souveraine sur ces millions de croyants qui peuplent l’Afrique et l’Asie, du Maroc jusqu’à la Chine, de la Méditerranée à l’Equateur. »

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Extraits de La Civilisation des Arabes (1884), de Gustave Le Bon, éd. La Fontaine au Roy, 1990

Pour en savoir plus :

http://classiques.uqac.ca/classiques/le_bon_gustave/civilisation_des_arabes/civilisation_arabes.html

Voir en ligne : http://www.sarrazins.fr/des-arabes-...