Le problème des idées dans le monde musulman

Malek Bennabi

Dimanche 17 décembre 2017, par Philippe Robin, 63 visites

Une société sous-développée n’est pas fatalement marqué par une pénurie de moyens matériels (les choses) mais par carence d’idées qui se manifeste notamment dans sa façon d’utiliser, plus ou moins efficacement, les moyens dont elle dispose déjà, dans son incapacité à en créer de nouveaux. Et surtout dans sa façon de poser ses problèmes ou de ne pas les poser du tout quand elle abandonne toute velléité de les aborder.

En générale, sur un axe représentant toutes les phases de l’évolution, une société historique - contemporaine ou révolue - occupera une position déterminée.
L’histoire en accuse trois :

  1. celle de la société pré-civilisée ;
  2. celle de la société civilisée ;
  3. celle de la société post-civilisée.

Nous dirons qu’une société post-civilisée n’est même pas une société qui s’arrête mais une société qui renverse sa marche, qui va en arrière après
avoir quitté la voie de sa civilisation et rompu avec elle.
Un historien auquel ce phénomène n’a pas échappé, l’a noté dramatiquement :

Il me semble que l’Orient (musulman) soit atteint de la même manière que le Maghreb mais à un degré qui correspond à son niveau social. Il me semble que la voix de la création appelle à l’engourdissement et au sommeil le monde, lequel a obtempéré ...

C’est Ibn Khaldoun qui, un siècle après la chute de Baghdad, un siècle avant la chute de Grenade, note ce point de rupture sur le cycle de la civilisation musulmane, le point à partir duquel commence l’ère post-almohadienne, l’ère post-civilisée du monde musulman.
(...)
Le processus est ainsi bouclé. Et la société musulmane rebroussant chemin, se trouve finalement dans l’ère post-civilisée depuis quelques siècles.

Le problème des idées dans le monde musulman
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