Jack Sparrow, ce corsaire musulman

Samedi 13 janvier 2018, par Sarrazins, 111 visites

Le plus célèbre des pirates hollywoodiens incarné par Johnny Deep est comme nombre d’héros et antihéros, inspiré d’un personnage ayant vraiment existé. Loin des Caraïbes, partir à la recherche de ce dernier nous amène en fait en Méditerranée. Jack Ward sera son vrai nom.

Anglais et envoyé contre les espagnols à la fin du 9ème siècle de l’hégire (16ème) par les autorités de son pays, il se taille déjà une sévère réputation sur les mers. Il obtient d’ailleurs, comme d’autres corsaires, le droit, donné par la reine, de piller les bateaux ennemis sans retenue. Envoyé sur La Manche au combat, l’homme finit par déserter le terrain avec d’autres marins, devenant propriétaire de son propre vaisseau de guerre, préalablement gagné au combat. Multipliant les razzias en mer, pillant les navires croisés, il finit par faire alors escale en l’actuel Maroc. Là il est rejoint par d’autres grandes figures de ce qu’on nomme d’un côté du monde la piraterie.

Abordant le Dar al Islam, l’anglais rentre tout naturellement en contact avec les émirs locaux. La mer Méditerranée est à cette époque largement dominée et traversée par les forces navales du Maghreb et de l’Empire ottoman. Passer par les autorités islamiques est une condition sinequanone pour pouvoir y naviguer en (relative) sécurité. En 1015H (1606), Jack Ward passe alors un contrat avec le Dey de Tunis : Othman. Maître des eaux environnantes, le Dey lui accorde le droit de voguer en mer et revenir à Tunis sans encombre, ceci en échange d’1/5 de ses prises.

Après plus de 3 ans de pérégrinations navales et escales en terre d’islam, John Ward en vient même à se convertir à l’islam. Plus qu’un corsaire, il est maintenant considéré tel un mujahid des mers. Des centaines d’hommes sont sous ses ordres, ses prises et victoires militaires sont nombreuses. L’Espagne catholique se débarrassant depuis plus d’un siècle de ses juifs et musulmans, il participe même à leur exil, les transportant à bon port. Sa réputation gagnant l’Europe et sa terre natale, les récits pamphletaires et chansons populaires traitant de son cas se multiplient. L’une d’elles devient même très célèbre en son temps : « Christian Turn’d Turk » (Le chrétien devenu turc) écrite par le dramaturge Robert Daborne.

Le rapport avec le pirate préféré des plus jeunes ? Se faisant appeler Yusuf Reis, les tunisiens le surnomment aussi Jack asfur (terme arabe signifiant oiseau), du fait de l’amour qu’avait l’homme pour l’animal. « Asfur » qui en anglais devient « bird » peut aussi se traduire par « sparrow ». Jack Ward devint donc Jack Birdy, et plus fréquemment, Jack Sparrow. Le pirate est à l’époque approché par l’écrivain William Lithgow, un écossais, qui en visite à Tunis, observera et témoignera de son effective conversion. Il s’étonne de le voir porter le turban et plus encore, de voir l’ancien alcoolique désormais sobre. Devenu plus que rassasié de ses expéditions maritimes contre les vaisseaux chrétiens avant de rendre la vie à Tunis, rendant la vie en 1031H (1622).

Près de 4 siècles plus tard, le personnage est mis en image dans l’une des plus grosses productions cinématographiques de l’histoire. Vulgarisé, son islamosité est passée sous silence. Si le turban, le noir autour des yeux, ses nattes ou sa barbe peuvent renvoyer à certains éléments de l’esthétisme musulman, les plus attentifs auront quand même remarqué un détail non dénué d’intérêt : l’un de ses pendentifs est marqué du croissant et de l’étoile. Son cas n’est pas isolé, d’autres corsaires et pirates musulmans, repris dans le monde de la fiction, ont vus leur islamosité le plus souvent réduite à peu de chose. Le plus connu d’entre eux : Kheir ad Din Barbarossa. Dans le monde latin, l’homme est plus connu sous le nom de Barbarousse.

Renaud K.

Pour en savoir plus :

– Pirates of Barbary, Corsairs, Conquests and Captivity in the Seventeenth-Century Mediterranean, Adrian Tinniswood.

Peter Lamborn Wilson, Pirate Utopias : Moorish Corsairs and European Renegadoes.

Voir en ligne : http://www.sarrazins.fr/jack-sparro...