De l’islam et des Musulmans en Chine

Vendredi 4 mai 2018, par Sarrazins, 28 visites

On fait traditionnellement remonter l’arrivée de l’islam en Chine à la 30ème année de l’hégire (651), avec l’envoi par le calife Othman ibn Affan d’une ambassade menée par Sa’ad ibn Abi Waqqas, proche parent et compagnon du Prophète Muhammad ﷺ. A l’occasion, l’empereur Tang aurait fait construire la mosquée Huaisheng dans la ville de Canton.

Les historiens ne sont cependant pas tous d’accord sur l’authenticité de ce récit et préfèrent penser l’arrivée de Musulmans quelques années plus tard par le biais de marchands arabes et perses passés par l’Asie Centrale. D’abord en faible proportion, des Musulmans vont au gré des siècles peu à peu s’installer en Chine, venus le plus souvent d’Asie Centrale, quand d’autres locaux se convertissent. Avec l’arrivée de la dynastie Mongol des Yuan en 669H (1271) à la tête du pays, leur nombre s’accroît là très rapidement. Socialement, ils gagnent même à ce moment en influence, entrant en nombre dans les hautes fonctions de l’Etat : ils participent à ce moment grandement au développement économique, politique et culturel du pays. Sous la dynastie Ming suivante, nombre d’entre eux intègrent aussi les plus hauts postes de l’armée. L’un d’eux, Lan Yu, dirigera par exemple à la fin du 8ème siècle hégirien l’armée chinoise contre les Mongols, remportant par là une bataille décisive pour l’avenir de la Chine. Plus tard, c’est le fameux Zheng He, un marin et voyageur musulman, qui se taille sa réputation en menant à des fins diplomatiques et commerciales la plus grande flotte connue de l’Histoire, prenant la mer jusqu’en Afrique et en Arabie.

Après cela, au moment où le Moyen Age tire sa révérence en Europe, l’islam en Chine connait ce que certain nomment son âge d’or. Les Musulmans y assimilent les us et coutumes chinoises, en empruntent la langue et l’écriture et se sédentarisent durablement. Les centres d’études islamiques se démocratisent et outre le commerce et les affaires de l’Etat, les Musulmans excellent alors aussi dans l’ensemble des sciences dites plus profanes.

La situation se complique cependant dès l’arrivée des Qing au pouvoir, qui le prenant le 11 ème siècle de l’hégire (1644), ne le rendront qu’en 1329H (1911). Ceux qu’on appelle les Hui, des musulmans “ethniquement” chinois, se révoltent alors à plusieurs reprises faute de pouvoir désormais pratiquer leur culte en totalité. Le sacrifice rituel fut entre autre un temps interdit, tout comme le pèlerinage à La Mecque ou encore la construction de nouvelles mosquées. Si la République de Chine reprenant le flambeau va desserrer la vis et laisser les Musulmans retrouver leur place en Chine, le Révolution culturelle démarrée en 1386 H (1966) va aider à réintroduire des mesures des plus drastiques. Des mosquées sont même détruites au même titre que des églises et monastères quand des Coran sont brûlés en public. Il faudra attendre 1398 H (1978) pour voir le gouvernement opter pour une politique moins laïciste, permettant à nouveau au culte musulman de se pratiquer en (presque) liberté.

Aujourd’hui, sur les 55 ethnies reconnues en Chine, 10 sont musulmanes. Les Hui sont majoritaires, suivi par les Ouïghours. Ces deux communautés représentent à elles seules la quasi totalité des Musulmans de Chine. Les Kazakhs, Dongxiang, Kirghizes, Salars, Tadjiks, Ouzbekks, Bonan et Tatares forment les communautés suivantes et sont beaucoup plus minoritaires, comptant pour certaines seulement quelques milliers de représentants. Nous trouvons aussi des Musulmans en d’autres groupes reconnus, tels que chez les Tibétains. Principalement regroupés dans les régions bordant l’Asie Centrale, leur nombre est cependant sujet à discussion. Une étude de 2009 menée par le Pew Research Center, en observant le recensement chinois avait conclu à un chiffre à l’époque de près de 22 millions de musulmans. Mais ailleurs, le chiffre monte très vite à près de 70 millions d’âmes, tel que l’avance l’Université de San Diego, avoisinant encore les 100 millions d’individus comme avancé par la BBC.

Si les Hui bénéficient d’une assez large liberté de culte, et sont considérés comme des Chinois à part entière, les minorités restantes ne peuvent en dire autant. Les Ouïghours, vivant dans une région annexée par la Chine depuis plus d’un siècle, le Turkestan Oriental, sont ainsi victimes d’une des politiques islamophobes les plus radicales au monde. Considérés comme des étrangers et régulièrement suspectés de velléités djihadistes, ils sont frappés d’interdictions diverses et régulièrement humiliés par les autorités.

Renaud K.

Pour en savoir plus :

– Prières des Musulmans chinois, Thierry Zarcone, Koutoubia, 2009

– L’islam de Chine, Elizabeth Allès, Karthala, 2013

– Islamic thought in China, Edinburgh University Press, 2016

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